LE LIVRE DES MORTS

DES ANCIENS EGYPTIENS PAR GREGOIRE KOLPAKTCHY

Chez: DERVY - LIVRES 5ème édition.

EXTRAITS:

La barque solaire.

(...) Prenons comme exemple l'image de la Barque solaire, la plus fréquente et la plus importante parmi toutes les visions; ce motif symbolique de barque, portant le disque du Soleil ou l'image du dieu Râ, est repris - sous des formes variées - tout au long du livre. Que signifiait-il pour une conscience ésotérique? Il est évident que le disque du Soleil, ou le dieu Râ, symbolisait le principe solaire. Mais la barque elle-même? Que représentait-elle?

Sous cette image, familière à chaque Egyptien, se cachait - shématisé et stylisé - le principe lunaire, le croissant de la Lune. (Thot, en sa qualité de dieu de la lune, accompagnait souvent la barque). Il s'agissait donc, dans ce symbole, d'une union ou d'une "Synarchie" des deux luminaires. On se souviendra que le même symbole, - le soleil inscrit dans le demi- cercle du croissant -, ornait la tête d'Apis, ainsi que celles d'Hathor, de Thot, d'Isis, de Khonsu et de tant d'autres divinités; cette image forme à coup sûr, le noyau central de toute la théologie égyptienne. La question se pose donc: d'où venait l'importance attribuée par l'ésotérisme égyptien à cette synarchie des Luminaires?

La lune considérée du point de vue spirituel, n'est nullement inférieure au Soleil; les deux principes s'opposent comme deux forces absolument égales, équipollentes. Or, la tradition ésotérique enseigne qu'unis à l'origine et faisant corps avec la terre, les Luminaires se sont scindés d'avec celle-ci, puis séparés entre eux; ce fut le point de départ de l'involution cosmique ou, pour user du langage de la Bible, l'étape initiale de la "Chute". Il s'agit, bien entendu, non seulement de l'homme (cosmique ou pas), mais du cosmos tout entier. La catastrophe biblique n'était que le dernier maillon d'une longue chaîne d'écroulements cosmiques dont parle le "livre des morts"; or, une des étapes initiales parcourues fut l'opposition des deux luminaires, ou plutôt celle des êtres spirituels des deux camps respectifs. Leurs natures, en effet, sont diamétralement opposées.

La nature physique de la "lune" est humide et froide; sa nature "psychique" est vague et changeante; elle gouverne la germination, la gestation, l'imagination et la sphère affective; elle favorise l'adaptation, l'assimilation, les "métamorphoses". Elle commande les forces de différenciation et du" devenir"; elle est" féminine". Le "Soleil", considéré au point de vue physique, est sec et chaud; il gouverne la raison discursive, impersonnelle et objective; principe d'intégration, il fixe et immobilise tout ce qui pénètre dans son champs d'action; il est l'ordre cosmique et la justice impartiale, l'Etre absolu (opposé au devenir); le Soleil est" masculin".

Au point de vue spirituel, les deux luminaires se trouvent, chacun, à la tête d'un" camp" ou d'un champ de forces, et l'interaction de ces deux principes (Yin et Yang de l'ésotérisme Chinois, les deux colonnes de l'Arbre séphirothique de la Cabbale, le Sulphur et le Mercure de L'Alchimie) produit " la montée et la descente des Seaux d'or"...Toutefois, la Tradition ne perdait pas de vue le caractère provisoire de l'involution, qui n'était en somme, qu'un pis- aller, qu'un replâtrage rendu inévitable. Le but essentiel demeurait toujours le retour vers la montée, vers l'Evolution.

Le Soleil sur la barque sacrée. (Musée du Caire)

Les auteurs du" livre des morts" proposaient donc à la méditation de leurs lecteurs cette vision de la Barque Solaire, symbole du suprême salut. Lorsque le "soleil" et la "Lune", disaient-ils, au lieu de s'opposer l'un à l'autre et d'aggraver l'état d'involution, seront parvenus à une Synarchie, alors seraient vaincus le Sexe et la Mort, ces deux néfastes conséquences de la "Chute".

Osiris dont les attaches, tant lunaires que solaires, ont été relevées par les égyptologues, est le couple initial Soleil-Lune; la Synarchie originelle une fois brisée, les "membres" arrachés du "corps" divin furent disséminés, éparpillés dans tous les coins de l'"Egypte", c'est à dire de l'univers. Ce sont les planètes, les étoiles fixes, les luminaires et tous les êtres de la nature. La "résurrection" du dieu -martyr signifierait le rétablissement de la Synarchie dans son intégrité première...

En attendant, Osiris, figé dans la mort, enserré dans ses bandelettes de momie, est le monde tout entier fixé, pétrifié, cristallisé, ankylosé et matérialisé, privé de la liberté et soumis aux "lois" de la nature et aux rythmes implacables du destin. C'est la défaite d'Osiris qui, plus tard, rendit inévitable le sacrifice rédempteur du Christ...

Le Christ.

Osiris est le Christ préfiguré. Comme un annonciateur du Messie, il en "prépare le chemin". Toutefois, la doctrine chrétienne présente un renversement saisissant des rôles joués par les deux protagonistes divins: le père y sacrifie le fils; dans l'osiarisme c'est, au contraire, le Père qui se sacrifie et c'est le fils (Horus) qui rétablit la situation...

Grâce à la mort tragique d'Osiris, l'Egyptien pouvait faire pénétrer la VIE dans le domaine de la mort et transformer ainsi toute une zone de l'au-delà en une "île" cosmique artificielle. La signification du Sang versé sur la Croix est toute autre: le sacrifice du Christ incorpore dans la vie terrestre la mort, afin qu'elle soit vaincue ici-bas par un effort moral de tous les instants. Car l'homme d'aujourd'hui, par l'effet continu de l'involution, est placé, on le verra, dans une situation infiniment plus difficile que celle de l'ancien Egyptien. De plus en plus, la menace de la "seconde mort" pèse sur lui; c'est pourquoi la doctrine chrétienne enseigne qu'il ne saurait l'écarter qu'en mettant à profit son bref séjour sur terre...

Dans les premiers siècles de notre ère, à l'époque de la prolifération des religions et des Eglises, l'Egypte vit naître deux puissantes écoles de gnosticisme, celle de Basilide et de Valentin; plus tard, un grand mouvement ésotérique, parti d'Egypte, transplanté en Iran, s'amalgamant avec d'autres courants gnostiques, ainsi qu'avec des éléments locaux, donna naissance au manichéisme, religion puissante et profonde qui eut une existence millénaire. ::

Irradiant vers l'Est jusqu'à la Chine et vers l'Ouest jusqu'à l'Afrique du Nord et l'Espagne, les différents courants gnostiques atteignirent la région des Pyrénées ( Mont Salvatge ) et celle de la Bretagne. Là, ils s'amalgamèrent aux conceptions du christianisme ésotérique et aux traditions druidiques survivantes, et aboutirent à la vision du Saint Graal. Bien que la filiation historique ne se laisse pas établir de façon certaine, la similitude des visions occultes fait penser à une inspiration égyptienne.

Si complexe que soit le symbolisme du Saint Graal, le symbole central, le Graal ( Gradalis ) - le sanctissime Vaisseau, l'"écuelle" de la Cène, où Jésus mangeait avec les douze et où il fut recueilli le Sang précieux, tantôt calice, tantôt ciboire de la messe, - symbolise le Croissant de la Lune, le Principe lunaire; l'hostie représente, au-dessus du calice, le Principe solaire.

Ainsi donc, Apis fut le symbole préfiguré du Saint Graal. Le "rachat du viel Adam", voilà ce que représente la Barque céleste portant le disque de Râ... (...) O.C pages 31 à 34.

Apis.

Apis:

«Au départ, Apis symbolise la fécondité et incarne l'animal procréateur par excellence. Avec le temps, ses qualités se multiplient: il est associé au roi et à différentes divinités. Il devient le représentant officiel et l'incarnation de Ptah, le dieu créateur de Memphis. Plus tard, il acquiert des caractéristiques solaires et funéraires empruntées à Rê et à Osiris. Dès lors, son culte prend un essor particulier en Egypte puisqu'il symbolise, à lui seul, les trois facettes essentielles du divin: la création ( Ptah ), la vie ( Rê ) et la mort ( Osiris ). Sa résidence principale se trouve dans la ville Memphis: au sud du temple de Ptah règne Apis ...».

Sources La Mythologie Egypytienne. Aude Gros de Beler.

Le Mythe d'Osiris:

Osiris.

- Osiris, fils de Geb et de Nout, hérita du royaume. En tant que roi civilisateur, il enseigna aux hommes l'agriculture et arracha les égyptiens à "Leur existence de privations et de bêtes sauvages". En tant qu'aîné il épousa sa soeur Isis. Mais son frère Seth, jaloux, symbole de la violence et du chaos, décida de le tuer. Il invita donc Osiris " L'être perpétuellement bon " à un banquet où se trouvaient quarante - deux convives, ses complices.

Pendant le festin, Seth fit apporter un coffre construit à la taille d'Osiris. Seth le promit en cadeau à celui qui le remplirait parfaitement en s'y allongeant. Tous essayèrent sans succès. Lorsque Osiris y fut entré, les convives fermèrent le coffre et le jetèrent dans le Nil. Le courant le porta jusqu'à la Méditérranée, et de là il atteignit la côte du Liban. Plus exactement dans le port de Byblos. Isis s'en alla alors quérir son époux. Au terme d'une longue recherche, elle finit par le trouver et revint en Egypte avec le corps d'Osiris et le cacha dans le delta du Nil.

Mais Seth réussit à le trouver et dépeça Osiris, le coupant en 14 morceaux qu'il dissimula dans toute l'Egypte. Après quoi, il s'installa sur le trône d'Osiris avec sa soeur et épouse Nephtys. Mais cette dernière, apitoyée par le chagrin de sa soeur Isis, décida de l'aider à chercher les membres épars d'Osiris. Ensemble, les deux soeurs retrouvèrent tous les morceaux sauf UN, dit-on, le Phallus, qui était tombé dans le fleuve et qui avait été avalé par un poisson.

Avec l'aide d'Anubis et grâce à la magie de Thot ils reconstituèrent Osiris en entourant son corps de bandelettes, créant ainsi la première momie. Grâce au grand amour que portait Isis à son frère -époux, Osiris, elle se fit féconder. De cette union magique naquit Horus, le dieu faucon avec lequel les souverains d'Egypte s'identifièrent toujours.

Horus, qui au début de sa vie était appelé " Horus l'enfant" ( l'Harpocrate des Grecs ) et à l'âge adulte "Horus l'ancien" ( l'Haroeris des Grecs ) - voulut venger son père pour reprendre le trône d'Egypte dont il se considérait l'héritier légitime. Horus se présenta au tribunal des dieux, présidé par le dieu soleil Rê. L'affrontement entre le méchant Seth et Horus dura de nombreux jours, jusqu'à la victoire d'Horus qui réussit à le faire prisonnier.

Mais Isis, toujours pleine d'amour et de pitié pour les faibles et les vaincus, libéra Seth: Horus entra dans une grande colère et, d'un geste incontrôlé, arracha la couronne de la tête de sa mère. C'est alors qu'intervint le sage Thot, qui sur la tête d'Isis remplaça la couronne par un couvre chef à corne, depuis lors l'attribut principal de la déesse.

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